Avant d'entamer le catalogue des meilleures excuses, il serait bon d'en bien cerner le champ afin d'éviter certains pièges. Entendons-nous bien : une excuse est un moyen de sauver les apparences de nos aptitudes et ne saurait donc se transformer en un simple aveu de carence. Par conséquent certains pseudo alibis doivent être rejetés ipso facto comme ne constituant pas une excuse valable. Parmi ces fausses excuses les plus couramment entendues on retiendra : a) "Si j'avais joué ça, je faisais x points supplémentaires et je serais dans les n premiers". On peut même pousser le bouchon plus loin en ajoutant : "j'aurais pu aussi faire ceci, voire cela". On ne fait ainsi que constater nos insuffisances et, si faute avouée est à demi pardonnée, cela ne donnera pas la moitié des points en plus ! En généralisant le procédé on pourrait retrouver tous les joueurs au top. Imaginez quelles dotations il faudrait prévoir dans un festival comme celui de Vichy (pas loin d'un million d'euros). b) Dans le même registre il y a le sempiternel "j'ai vu le mot et je n'ai pas vu qu'il passait ou qu'on pouvait le raccrocher". Ceci ne fait qu'illustrer le constat évident que le scrabble est autant un jeu de grille qu'un jeu de vocabulaire, ce n'est pas une excuse. c) "J'ai vu tel mot mais je n'ai pas osé le jouer". La différence essentielle entre un grand joueur et nous autres, tâcherons du caramel, est justement là : le grand joueur ne construit pas forcément beaucoup plus de mots que nous, mais lui le jouera ou se le refusera à bon escient, connaîtra les exceptions et les transitivités… etc. Bref, lui il sait. d) "Je l'ai vu trop tard". Nous touchons là un des plus terribles fléaux de la planète scrabble. Avez-vous remarqué combien notre cumul final serait magnifié si on disposait d'une poignée de secondes supplémentaires. Ce phénomène est parfaitement connu de nos malins concepteurs de la FISF, ils ont bien compris qu'en offrant un temps de réflexion de 190 secondes aux compétiteurs, il serait très difficile de les départager. C'est pourquoi ils l'ont limité à 180. Il faut donc faire avec… e) "Je l'avais préparé et je l'ai oublié quand il est sorti". C'est là un célèbre refrain qui dans le silence des tournois est invariablement assorti de clameurs de lamentations. Pastillons ! Certaines fausses excuses sont plus pénalisantes et même cruelles pour leurs victimes. Je veux parler de l'erreur de tirage qui peut anéantir d'un seul coup la perspective d'une brillante performance. Ce sont souvent les mêmes joueurs qui sont les jouets de ces injustices à répétition. On ne saurait trop leur conseiller de s'installer au premier rang, près des haut-parleurs et d'un tableau (j'en connais qui prennent un malin plaisir à camper aux tables du fond, serait-ce pour arguer de cette excuse ?), ou d'investir dans un petit appareil (et si la Fédé en remboursait l'achat sur simple justificatif médical ?).. L'erreur de grille relève de la même distraction. On pourra toujours alléguer être mal placé par rapport au tableau (il y aurait même des clubs qui boycotteraient cet outil, on a du mal à le croire…). Cette excuse sera évoquée dans un prochain numéro. Il est une excuse tentante dont il faut se méfier ou tout au moins qu'on manipulera avec d'infinies précautions, je veux parler de la fatigue ou d'une quelconque maladie. On peut faire preuve d'un pep étonnant lors du voyage qui nous amène sur le lieu du combat, chantant, plaisantant, répondant de la manière la plus brillante aux exercices d'entraînement imposés par de cadors tortionnaires partageant le même véhicule (heureusement Pat et Alex s'interdisent de telles pratiques) et évoquer deux heures plus tard asthénie ou état grippal pour justifier une piètre prestation. Présentée ainsi une telle dérobade perd toute pertinence. Réservez donc cette ressource pour la dernière partie d'un tournoi. Il est tout à fait possible de multiplier les exemples de ces fausses justifications. J'attends la participation de chacun pour alimenter cette liste non exhaustive. A suivre… Exquis Mots n°20 (janvier 2009) téléchargeable ici.
|